La grande diversité des catholiques français.
 

30 millions de catholiques

Avec 64,3 % de la population de plus de 18 ans, les catholiques déclarés représentent toujours une part importante de la population: près de 30 millions d'adultes! Un chiffre qui cache toutefois de larges disparités en fonction de la pratique: 4,5 % des Français vont à la messe chaque semaine et 3,2 % au moins une fois par mois: 3,54 millions d'adultes sont ainsi considérés comme "pratiquants réguliers." 15, 2 % pratiquent plusieurs fois dans l'année ( plus de 7 millions).  A l'inverse, 32,5 % pratiquent uniquement pour les cérémonies et les grandes fêtes et 9,9 % ne pratiquent jamais, tout en se déclarant catholiques: cela fait 20 millions de catholiques qu'on peut considérer comme non pratiquants.

 

Le tassement continue
Bon an mal an, l'érosion du nombre de catholiques continue. Depuis l'enquête publiée en 2001 par la Croix, on est ainsi passé de 69 % à 64,3 % de catholiques, soit une chute de 5 points. A l'inverse, c'est de 5 points également que continue de progresser le nombre de Français se déclarant sans religion. On assiste en effet à un phénomène de déplacement: le nombre de pratiquants diminue au profit des non-pratiquants, celui des non-pratiquants décroît au profit des sans religion... De leur côté, les autres confessions (notamment protestants, musulmans et juifs mais en proportion trop faibles pour être suffisamment représentatifs) demeurent stables après une hausse importante ces dernières années, due notamment à l'essor des Eglises évangéliques. Reste que, aujourd'hui en France, 34 millions d'adultes continuent à se réclamer d'une confession religieuse.

 

 Une femme...

Le catholique pratiquant est d'abord une catholique pratiquante. Une donnée quasiment structurelle du catholicisme français où, depuis longtemps, les femmes sont plus pratiquantes que les hommes. Au sein des pratiquants, les femmes sont en, effet surreprésentées: alors qu'elles composent 52,2% de la populationn française, elles représentent 55,2% des catholiques et 63,1% des pratiquants. Si l'écart reste important entre hommes et femmes, il tendrait cependant à se réduire: en 2001, lors du précédent sondage, 68 % des pratiquants réguliers étaient des femmes.

 

                           ...âgée...
L'enquête confirme ce que l'on constate dans les églises: la pratique religieuse est plus le fait des personnes âgées que des jeunes. Ainsi, 28,1 % des plus de 75 ans et 19,8 % des 65-74 ans sont catholiques pratiquants.
Ces derniers ne représentent plus que 7,3 % des 25-34 ans.
Signe d'espoir? Avec 7,9% de pratique, les 18-24 ans semblent faire preuve d'un regain de pratique par rapport à la classe d'âge supérieure, ce que plusieurs enquêtes européennes avaient déjà souligné.

    



 
           

Des catholiques peu pratiquants.

Peut-on être catholique sans aller à la messe ? Oui, répond la grande majorité des catholiques français, au risque de manifester, en pleine " Année de l'Eucharistie", un désaccord de fond avec la foi catholique; 7,5 % des catholiques pratiquent chaque semaine et 5,3 % au moins une fois par mois: au total, seuls 12,8 % des catholiques sont ainsi pratiquants réguliers, 24,6 % pratiquent occasionnellement ( quelquefois dans l'année), 46,2 % uniquement aux grandes fêtes et 16,4 % jamais. Depuis 2001, la pratique régulière, le " noyau dur " des catholiques recule donc de 1,5 point. C'est aussi le cas e la pratique pour les seules grandes fêtes (-1,5 point) alors qu'augmente la pratique occasionnelle ( + 1 point) et le nombre de ceux qui se disent catholiques sans jamais pratiquer (+1,5 point).


L'évêque d'Angoulême souligne l'écart entre l'affaiblissement institutionnel et le renouvellement du tissu chrétien.

" Le discours dominant du déclin? Il y en a marre!"

Mgr Claude Dagens, Evêque d'Angoulême.

 Ø Le nombre de Français qui se déclarent catholiques passe de 69 à 64,3%. C'est une lente érosion? "

 Mgr Dagens: Vous parlez d’érosion mais il n’est pas possible de mesurer ce que peut impliquer le travail de Dieu dans des cœurs humains, ne serait-ce que par la participation à une messe de minuit. Tout ceci nous échappe. Les sondages sont impuissants face à ces phénomènes pourtant réels et profonds. Bien sûr, il y a cette légère érosion, mais je constate que deux tiers des Français se déclarent catholiques, cette référence à la tradition demeure nettement majoritaire. Je suis d’autant plus scandalisé par le discours dominant du déclin, de l’effacement du catholicisme, de l’épuisement de l’Église. Il y en a marre ! Ce discours négatif a fini par être intériorisé par une partie de l’opinion catholique elle-même!
  Il  existe  un  écart  considérable entre l'image de cet affaiblissement et la réalité ordinaire du renouvellement du tissu chrétien. Il existe certes une tendance lourde à un réel affaiblissement institutionnel, mais il existe une tendance légère liée à la recomposition en profondeur du tissu chrétien. 

  Ø  Mais comment expliquez-vous la baisse constatée de la pratique religieuse dans le milieu rural (de 32% à 27%) alors que la plus fort concentration de catholiques se trouve justement dans les communes rurales (71,2% contre 51,2% en ville)?

   - Il y a des mondes ruraux et des mondes urbains. Ces réalités sont aujourd'hui  marquées  par une grande mobilité, je le constate en observant le mode de vie de la population la plus jeune de mon diocèse. On peut reconnaître une baisse mais je voudrais faire remarquer que la société civile, tout comme la société ecclésiale, est affaiblie et appauvrie, elle aussi, dans le monde rural. D'où ma conviction appuyée sur des faits : dans le milieu rural il y a plus de renouvellement, d'inventivité, de prise de responsabilité du côté ecclésial que du côté civil. Il faudrait donc un sondage « à double détente »qui mettrait en évidence que l'engagement de l'Église pour une pastorale de la proximité contraste avec le désengagement de l'État. 

 Ø  42% des jeunes de 18 à 24 ans se déclarent catholiques et parmi eux 7,9 % sont pratiquants : est-ce trop peu ou pas si mal ?
 
- La référence à la tradition catholique reste donc importante chez les jeunes. Constatons aussi que la génération des 15-30 ans vit un rythme  différent de ses aînés, elle privilégie les temps forts. À nous d'accepter que ces moments choisis permettent une réelle initiation chrétienne. Pour un jeune, participer à une eucharistie, même de manière épisodique, est un événement. C'est un pèlerinage à la source. Le décalage du sondage entre le fait de déclarer sa foi catholique et le fait de la «pratiquer» démontre cette forte et profonde attente. L’Eglise, dans son émergence ,et nous- mêmes, membres de l'Église, en sommes- nous suffisamment conscients? 

    Ø  Les aînés pratiquent davantage. Est-ce un reste de l'époque où la culture dominante conduisait au  
            catholicisme ou un phénomène de «retour» vers la religion à l'âge mûr?

    - Les gens âgés seraient-ils porteurs des séquelles d'un âge révolu? Il faut plutôt reconnaître la place des aînés et la mémoire dont ils sont porteurs. Sortons de l'analyse intraecclésiale et posons ce problème à son niveau, à l'échelle de la société et de la nation. Quelle place accordons-nous à la mémoire? Les personnes plus âgées ne sont aucunement des gardiennes d'un musée. Leur mémoire contribue à faire vivre la société.

 Ø  Le sondage indique une baisse de la pratique religieuse qui serait passée de 14,5 % en 2001 à 12,8
       % aujourd'hui: comment l'analysez- vous?

  - Je respecte les catégories de la sociologie religieuse mais elles ont été mises au point à une époque où la société civile, tout comme l'Église, était fortement structurée. Aujourd'hui, la situation est totalement inversée, il faut partir des personnes et non des structures. Ce qui ouvre toute la question et l'espace de l'initiation chrétienne. Nous ne pouvons pas nous résigner au discours de lamentation sur l'absence de jeunes familles dans nos églises, ni nous résigner à l'impossibilité de les initier à la foi chrétienne. Il faut passer à l'acte ! À l'acte d'évangéliser. Évangéliser, c'est désirer et faire en sorte que la révélation de Dieu en Jésus-Christ, l'Évangile, puissent atteindre et façonner le corps de notre humanité, tout être humain en attente de vérité et de vie.

  Ø  Mais, au fond, qu'est ce que signifie «pratiquer»? Et qu'est-ce qu'être catholique? 

  - Le grand théologien Urs von Balthasar insiste pour dire que le mot catholique est une qualité. Une qualité qui se réfère à de l'ancien dont nous sommes fiers mais aussi à quelque chose de nouveau. Madeleine Delbrel disait du milieu athée qu'il était favorable à notre conversion. L'indifférence actuelle n'est pas plus dangereuse : elle est un appel à notre conversion, à notre renouvellement. Nous vivons un dépouillement réel, un appauvrissement institutionnel, mais nous voyons aussi une émergence intérieure. Nous ne recouvrons plus toute la société, mais nous vivons la foi chrétienne dans sa forme originelle, marquée par des phénomènes de naissance, de dépouillement et d'épreuve, comme l'événement de Noël. L'esprit de Dieu travaille aussi à travers les statistiques dont il faut faire une lecture spirituelle. Savons-nous assez que le corps de l'Église est toujours en état et en acte d'enfantement?

                                             RECUEILLI PAR JEAN-MARIE GUÉNOIS

               Source :  La Croix du vendredi 24.12.2004