Eglise de Steinbach.

Texte écrit par Christine Agnel pour les Journées du Patrimoine 2025, organisées par la Société d’Histoire et d’Archéologie de Cernay et Environs. Le thème était la Reconstruction des 4 églises de Cernay, Steinbach, Uffholtz et Wattwiller après la Première Guerre mondiale.

Qui dit reconstruction implique destruction préalable.

 

POURQUOI Steinbach, paisible petit village niché au creux de son vallon, fut-il entièrement détruit, au point d’être comparé à POMPÉI ? (PHOTO)

POUR NOS TROUPES, qui venaient de Thann par les montagnes, L’OBJECTIF était Cernay, nœud routier et ferroviaire d'une grande importance stratégique. Sur leur trajet, Steinbach, fortement défendu par l’ennemi, représentait un verrou à faire sauter.

Fin décembre 1914 et début janvier 1915, des combats d'une extrême violence, connus sous le nom d’« Enfer de Steinbach » réduisirent le village et son église à un champ de ruines.

C’EST L’ÉPOQUE OU LE NOM DE STEINBACH apparut dans la presse nationale et internationale, en Allemagne, en Suisse, au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Australie, en Nouvelle Zélande et en Asie du Sud-Est.

PARMI LES 24 ÉGLISES catholiques totalement détruites dans le Haut-Rhin figure celle de Steinbach. A la fin des combats, elle n'était plus qu'une « ruine branlante (PHOTOS )

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La guerre terminée, tout était à reconstruire à Steinbach.  (PHOTO) hy

 

L’URGENCE était de reloger les habitants, de déblayer les terres agricoles et de remettre l'économie en marche. La reconstruction de l'église n'était PAS PRIORITAIRE.

A partir de 1919, LE CULTE fut célébré dans une église provisoire, une baraque en bois de 25 mètres de long sur 6 mètres de large, placée dans le jardin de l'instituteur. La seule cloche rescapée fut placée sur des tréteaux, à côté de l'église provisoire, pour assurer les sonneries religieuses.

CEPENDANT, POUR LES STEINBACHOIS, la reconstruction de l'église était attendue comme un SYMBOLE DE RENAISSANCE de leur village ravagé par la guerre.

 

La reconstruction de l’église représentait un processus lent et compliqué.

 

LE PROTOCOLE D’ÉVALUATION des dommages de guerre, qui permettait de fixer les indemnités et de commencer les travaux, entra en vigueur en Alsace-Lorraine en SEPTEMBRE 1920. Il fallait ensuite sélectionner un ARCHITECTE pour élaborer le plan du nouvel édifice et choisir les ENTREPRISES. Vu l'étendue des dégâts dans toute la région, architectes et entreprises étaient très sollicitées, d'où des délais supplémentaires.

De plus, l'Alsace restait sous le RÉGIME DU CONCORDAT, il fallait donc harmoniser les CADRES LÉGISLATIFS français et allemand, d'où des dossiers administratifs et financiers très complexes à constituer.

POUR FACILITER ET ACCÉLÉRER LES DÉMARCHES, la Commune et le Conseil de Fabrique de Steinbach choisirent d'adhérer à la Coopérative de Reconstruction des Églises catholiques Dévastées du Haut-Rhin. Cet organisme agissait en quelque sorte comme maître d'ouvrage.

 

En 1923, une indemnité spéciale fut accordée pour la DÉMOLITION de l'église par une entreprise de Cernay. Le projet de reconstruction de l'église de Steinbach fut validé par la Coopérative. Des entreprises de la région furent choisies. Les travaux commencèrent au cours de l'hiver 1925-1926. La pose de la PREMIERE PIERRE, étape symboliquement forte, eut lieu le 24 MAI 1926 (jj)comme le rappelle la pierre gravée d'une inscription latine sur le contrefort gauche du porche. A partir de là, la construction et l'aménagement de l'église s'échelonnèrent sur huit années, jusqu’en 1934.  (PHOTO)

 

Le plan de la nouvelle église fut dessiné par l'architecte mulhousien Louis Schwartz.

LE CHOIX qui s'offrait aux architectes de l'époque était de respecter les traditions ou de complètement innover. En Alsace, les projets novateurs furent souvent écartés au profit de réalisations plus conventionnelles. Ainsi, le Conseil Municipal de Steinbach rejeta un projet de Louis Schwartz, de style moderne, et insista pour un plan de pur style gothique.

LA COMMISSION DIOCÉSAINE des Monuments Religieux veillait à ce que les nouvelles églises soient conformes à sa vision de l'art sacré et son assentiment était indispensable pour les dossiers transitant par la Coopérative de Reconstruction.

 

En fait, la nouvelle église fut construite sur le MÊME EMPLACEMENT que la précédente, qui datait de 1873, et selon un plan très ANALOGUE. Cela permettait aux Steinbachois de retrouver un repère au milieu des amas de ruines.

 Les 2 DESSINS, datés du 10 décembre 1926 et signés par Louis Schwartz. (PHOTOS hji)iip:

Différences 1873 - 1926 : le porche, un escalier sur les trois côtés, la rosace, le clocher : 2 lancettes au lieu de 3, l'horloge plus basse.

Différence proposition de Louis Schwartz et l'église telle que vous la voyez. Les cadrans d'horloge ont été placés plus haut, à la demande de la Commune, afin que, de tous côtés, les habitants puissent facilement voir l'heure, y compris ceux qui se trouvent dans les vignes ou dans les champs.

 

L’édifice, de plan allongé et de style néogothique, est construit en grès des Vosges.

Le clocher, haut de 38 mètres, abrite quatre cloches. UNE SEULE, datant de 1875, a survécu à la Grande Guerre. Les trois autres ont été coulées en 1928 par les Fonderies Causard de Colmar.

La BÉNÉDICTION des cloches, autre temps fort de la reconstruction de l'église, eut lieu le 9 avril 1928.( PHOTOrt)

Les trois portes d’entrées sont surmontées d’un TYMPAN. Le tympan central évoque la Passion et le Salut. Le tympan gauche, autrefois l’entrée réservée aux femmes, est dédié à Marie. Le tympan droit, autrefois entrée des hommes, est placé sous le signe de Joseph. 

Si nous avons le temps, nous les détaillerons à la sortie.

 

ASSIS FACE AU CHŒUR, AU NIVEAU DE LA CHAIRE

 

 

Comme dans l’église précédente, la nef comprend 3 VAISSEAUX, dont deux collatéraux, et 5 TRAVÉES.

Avec l'assentiment de la Commune et de la Commission Diocésaine, la Coopérative de Reconstruction avait confié la réalisation du mobilier à deux entreprises alsaciennes réputées : BOEHM FRERES, de Mulhouse, pour les autels latéraux et les bancs et Camille RUDMANN et Justin GUTHMANN, de Colmar-Logelbach, pour les boiseries du chœur, le maître-autel, le banc de communion, la chaire, les confessionnaux et le Chemin de Croix.

 

CEPENDANT, l’aménagement, le mobilier et les décorations que vous découvrez aujourd’hui ne ressemblent plus totalement à ceux de la Reconstruction. Certains éléments ont disparu, d’autres ont été modifiés ou ajoutés en raison des destructions de la Seconde Guerre mondiale ou de restaurations et de réformes successives.

 

Ce qui n’a pas (ou pratiquement pas) changé et date de la fin des années 20.

 

Les 6 STALLES du chœur, en bois de chêne, décorées de médaillons représentant des motifs floraux. Les LAMBRIS sont couronnés d'une fine dentelle représentant des fleurs de lys, des bleuets et des raisins. Seule la dentelle, abîmée lors de la Seconde Guerre mondiale, a été restaurée en 2000, conformément à celle d'origine.

 

Les 10 vitraux de la nef

Du côté droit, celui des hommes, 5 vitraux représentent le Mystère Joyeux. Les 5 vitraux de gauche, du côté des femmes, illustrent le Mystère Douloureux. Les 10 vitraux ont été réalisés par le maître-verrier Bas-Rhinois JOSEPH ERISHMANN. En 1925, il avait obtenu la Médaille d'Or à l'Exposition des Arts Décoratifs de Paris et jouissait d'une excellente réputation. Les vitraux de Joseph Erishmann sont remarquables par leurs couleurs, la richesse et la finesse des détails et le réalisme des expressions.

J’espère que vous aurez le temps de les admirer de près.

2 des 5 vitraux de gauche, partiellement endommagés lors des combats de la Seconde Guerre mondiale, ont été restaurés (Gethsémani et la Flagellation).

 

Les autels latéraux, qui servaient pour les petites messes. Ils sont surmontés d’un pinacle néo-gothique et les statues qui les ornent sont estampillées de l’ATELIER MAYER de Munich. 

Du côté droit, traditionnellement, se trouve l’autel de saint Joseph. Vous y trouverez aussi une statue de Saint Morand, à qui l’église est dédiée.  A gauche, on trouve l’autel dédié à la Vierge Marie. La Piéta achève le Mystère Douloureux qui se termine par la mort de Jésus.

 

Le Chemin de Croix a été réalisé à la fin des années 20. Bien que l'Alsace fut redevenue française, les inscriptions sont EN ALLEMAND. La plupart des paroissiens, qui sortaient de 44 ans d'occupation allemande, comprenaient mieux cette langue que le français.

 

Les bancs, numérotés, dont les jouées sont décorées de motifs répétitifs représentant des végétaux évoqués dans la Bible : le figuier, le chêne, le lierre, le chardon, le houx et une fleur.

 

L'orgue, signé par Georges SCHWENKEDEL, facteur d'orgue renommé, a été solennellement inauguré le 10 juin 1934 . Par sa position et ses dimensions, l'orgue occulte complètement la rosace dont les vitraux ne sont plus visibles de l’intérieur.(PHOTO)io

 

Ce qui a un peu changé

 

Le maître-autel a été endommagé lors de la Seconde Guerre mondiale. Il était à l’origine rehaussé d’une flèche néogothique et flanqué de deux colonnes.   (PHOTO) aa

La chaire
 : à l'origine, l’abat-voix était surmonté d'un pinacle, détruit lors de la Seconde Guerre mondiale.

 

Les confessionnaux étaient au nombre de deux. L'un d’eux se trouve encore derrière la chaire. Des éléments du second ont été utilisés pour décorer le coin abritant l'icône de Notre-Dame du Perpétuel Secours, au fond de l'église.

 

Ce qui a disparu

 

Les 5 vitraux du chœur

5 vitraux, également de Joseph Erishmann, illustraient le Mystère Glorieux. Ils furent détruits, comme une grande partie du chœur, lors des bombardements de décembre 1944-janvier 1945.(PHOTO cc)

 

Le banc de communion : des charnières au sol rappellent la présence du banc de communion qui séparait le chœur de la nef et le prêtre des fidèles. Celui de l'église de Steinbach était composés de 6 éléments finement et richement décorés. PHOTOnb

 

ENFIN, POUR TERMINER, Ce qui a été ajouté, après la Seconde Guerre mondiale jusqu’aux années 2000

 

Le mobilier du Chœur : Après le Concile Vatican II (années soixante), les bancs de communion furent supprimés. Celui de Steinbach fut découpé en plusieurs éléments qui furent réutilisés pour la décoration du chœur.

L’autel face au peuple a été réalisé à partir de quatre éléments. Les deux éléments restants servirent à réaliser l'ambon et le petit meuble dédié à Marie.

 

Les vitraux du Chœur

Lors des travaux de restauration suite aux dégâts causés lors de WWII, sur les 5 verrières, celle du milieu fut murée. Deux des quatre autres sont ornées de vitraux figuratifs qui représentent, à gauche, Saint Pierre et, à droite, Saint Paul. Le style et les couleurs de ces deux vitraux, réalisés par la maison Albert Gerrer de Mulhouse, contrastent fortement avec ceux des bas-côtés.

 

Notre-Dame de Steinbach

Cette statue, qui date d’avant la Première Guerre mondiale et ornait la chapelle du Birling, fut miraculeusement retrouvée en 2013 par la Commission Patrimoine.

 

Pour résumer…

Cette PHOTO,jh qui date d’avant la Seconde Guerre mondiale, permet de découvrir une partie de l'église de la Reconstruction, avec les cinq vitraux d’origine du chœur, le maître-autel avec sa flèche, le grand lustre en fer forgé réalisé par Eugène Clemessy de Mulhouse, la fine frise au pochoir qui ornait alors les arcs et les ogives du chœur, la flèche de la chaire et un certain nombre de statues aujourd'hui disparues.

Le grand crucifix, accroché face à la chaire sur un pilier de la nef, dans l’église de 1873, était alors suspendu à l’entrée du chœur. Depuis la restauration de 1980, il se trouve à l'emplacement de la verrière murée du chœur.

 

Le 16 juin 1935, l'église « Schwartz » fut consacrée par Monseigneur RUCH, évêque de Strasbourg, qui joua un rôle très actif dans la reconstruction des églises d'Alsace.  (PHOTO )

 

 

A titre indicatif, la reconstruction de l'église, son aménagement intérieur et le mobilier revinrent au total à plus de 1,1 million de francs. Or l'indemnité accordée le 19 février 1929 par le Service des Dommages de Guerre, pour l 'église, le cimetière, la morgue, 2 calvaires et 2 chapelles (Birling et Lohe) s'élevait à 781 631 francs... La reconstruction de l’église (bâtiment) s’élevait à elle seule à près de  700 000 francs.